Journal d'un caféïnomane insomniaque
mercredi mars 25th 2026

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Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

Ab hinc… 406

« L’Europe n’a -comparativement- pas un problème d’immigration, mais l’Europe a un problème avec ses groupes minoritaires. Certains groupes imposent leurs lois à la majorité. Si une minorité est intolérante, elle impose sa loi à la majorité, ce qui cause des disruptions. L’Europe n’a pas tellement un problème numérique mais un problème avec ces règles minoritaires. Selon cette règle, si quelqu’un ne mange pas de cacahuètes dans un avion, l’avion entier ne peut pas manger de cacahuètes.  Certaines minorités veulent imposer leurs lois alimentaires et éthiques à la majorité, c’est cela le problème de l’Europe à mon sens.

Le monde a besoin d’immigrés mais il n’a pas besoin de ces gens qui pensent que c’est leur droit. Tout doit se passer comme échange moral. « Vous me donnez, je vous donne ». C’est une obligation morale de se comporter d’une certaine façon avec mon pays d’accueil. Cela est comme l’adoption d’un enfant, cela n’est pas un jouet, vous avez des obligations morales, vous devez vous comporter d’une certaine façon avec lui. »

Nassim Nicholas Taleb, « L’Europe n’a pas un problème avec l’immigration, mais avec certains de ses immigrés », Atlantico, 4 juillet 2018.

Ab hinc… 405

« Les idées de moins de mille ans ne sont pas totalement fiables. » – Nicolas Gomez Davila

L’Islam contre la modernité – Ferghane Azihari

« La démocratie tend à ignorer, voire à nier, les menaces qui la visent, tant elle répugne à prendre les mesures nécessaires pour y répondre. »

Jean-François Revel, Comment les démocraties finissent, Grasset, 1983, cité in F. Azihari, op. cit. p. 236.

L’essayiste Ferghane Azihari, d’origine comorienne musulmane, est libéral et athée. Il se propose d’interroger l’histoire pour comprendre les relations plus que compliquées entre l’Islam et la modernité, entre l’Islam et les autres religions, entre l’Islam et l’Occident, enfin, entre l’Islam et les cultures non-islamiques.

Retraçant au fil de son essai l’histoire de l’Islam de ses origines et son expansion à aujourd’hui, il dresse un réquisitoire implacable et factuel, en puisant aux meilleures sources du monde islamique et d’Occident. Azihari constate la ruine des civilisations conquises par l’Islam, la plus grande violence du monde islamique, l’incapacité du monde islamique à entretenir une curiosité saine et de la considération pour ce qui lui est étranger, ou simplement différent, le statut des femmes, des minorités sexuelles ou religieuses dans ce même monde… et le constat est cruel. Précisons d’emblée aux excités et aux sectateurs de « l’islamophobie » entendue comme « racisme anti-musulman » que jamais, à aucun moment, l’auteur ne confond les musulmans, êtres libres et doués de raison donc parfaitement responsables de leurs actes, quels qu’ils soient, et l’Islam, civilisation holiste englobant à la fois la politique, la religion et les mœurs… Cette précision est essentielle : la partie ne se confond pas avec le tout, sinon chaque être humain sur cette terre est un salaud du simple fait qu’il existe des humains qui sont des salauds.

« Le fait que des traitements injustes infligés aux indigènes aient pu s’appuyer sur la dépréciation des traditions islamiques n’invalide pas la nécessité de critiquer les coutumes contestables, afin que celles-ci s’amendent ou disparaissent. Il n’est pas vrai que les historiens doivent respecter les croyances. Les hommes ont des droits. Pas les idées qu’ils professent.« 

Ferghane Azihir, op. cit., p. 323 (Je souligne).

Ferghane Azihari passe ainsi en revue le mythe de l’âge d’or islamique, les damnés de la terre, les conséquences de l’alliance idéologiques entre progressistes et « bons sauvages » chers à Jean-Jacques Rousseau et ses disciples, les archaïsmes et les despotismes, et la guerre contre le monde libre, dont le terrorisme de ces dernières décennies (depuis Khaled Kelkal jusqu’au massacre des opposants par le régime des mollahs iraniens, en passant par Charlie Hebdo, l’Hyper Casher de Vincennes ou le Ba-Ta-Clan, liste non-exhaustive hélas) en est la plus sinistre et la plus douloureuse manifestation.

« Ce n’est pas porter atteinte à la liberté que d’empêcher la formation, au sein de la société, d’institutions vouées à la détruire, fondées sur l’abolition de la liberté individuelle et destinées à saper le régime politique dont elles se prévalent pour œuvrer sans relâche à sa ruine. »

Émile Combes, cité in F. Azihari, op. cit., p. 326.

L’essayiste conclut son livre par un épilogue intitulé « Sortir de l’Islam », dans lequel il prône la République laïque et la foi dans la Science comme substitut, si je peux dire, à la religion du prophète. Citant le petit père Combes, âme de la Séparation des Églises et de l’État de 1905, Azihari prône la fermeté pour défendre la liberté, l’égalité et la fraternité républicaines ainsi que la démocratie face à un Islam conquérant et vindicatif qui sait jouer avec le système pour mieux le détourner et avancer ses pions. La République française pratique la politique de l’autruche, quand bien même elle est avertie par Ferhat Abbas, Hassan II ou Recep Tayip Erdogan, ce dernier ne cachant pas ses ambitions de conquérir l’Europe par la natalité.

C’est sans doute, de notre point de vue néophyte, dans la négation, ou du moins, la minimisation du fait et du besoin religieux que le bât blesse. Quatre-vingts années de communisme athée et totalitaire n’ont pas réussi à éradiquer la religion orthodoxe dans les pays d’ex-URSS. Elle est même revenue en Russie plus forte que jamais. Pourquoi ? L’espérance et la transcendance sont constitutives de l’âme humaine, qui inconsciemment sent que l’être humain n’est finalement qu’une bien petite chose fragile sur cette terre. C’est un agnostique qui écrit cela, un catholique mécréant. L’homme a besoin de comprendre. Le matérialisme et la science ne le permettent pas complètement.

C’est pourquoi, et pour en finir sur ce très stimulant essai de Ferghane Azihari, nous soulevons la question suivante, sans prétendre y apporter quelque réponse que ce soit : et si Bonaparte avait raison avec le Concordat ? Ou pour formuler cela différemment, et si une religion d’État affirmée laissant le libre culte des autres religions dans la limite du respect de la loi, de l’ordre public et de sa prééminence, était un facteur apaisant, un modus vivendi de paix et de fraternité ?

Philippe Rubempré

Ferghane Azihari, L’Islam contre la modernité, Presses de la Cité, collection La Cité, 2026, 400 p.

Propaganda – Edward Bernays

« Admettre que le travail des relations publiques constitue une profession à part entière, c’est aussi reconnaître qu’il répond à un idéal et obéit à une éthique. L’idéal est très pragmatique. Il consiste à amener le commanditaire […] à comprendre ce que souhaite l’opinion, et, dans l’autre sens, à expliciter pour l’opinion les objectifs du commanditaire. »

Edward Bernays, op. cit., p. 58.

Ce court essai au titre éloquent a initialement paru aux États-Unis en 1928. Œuvre d’Edward Bernays, neveu (à double titre) de Sigmund Freud, père de la psychanalyse, il est sous-titré « Comment manipuler l’opinion en démocratie ». Est-il besoin d’en dire davantage ?

Après avoir retracé l’histoire de la propagande et défendu dans un plaidoyer pro domo son utilité, voire sa moralité, Bernays entreprend d’en présenter les acteurs, et décline ses applications dans l’entreprise, en politique, dans l’éducation… avant de terminer en en analysant les mécanismes. Son originalité tient en ce qu’il tire profit des sciences sociales, et notamment de la psychanalyse et de la sociologie, se référant ouvertement à la « psychologie des foules » chère au Français Gustave Le Bon.

« La nouvelle profession des relations publiques est née de la complexité croissante de la vie moderne, et de la nécessité concomitante d’expliciter les initiatives d’une partie de la population à d’autres secteurs de la société. Elle trouve son origine dans la dépendance de plus en plus marquée des instances de pouvoir par rapport à l’opinion publique. […] les gouvernements ont besoin de l’assentiment de l’opinion pour que leurs efforts portent leurs fruits, et au reste le gouvernement ne gouverne qu’avec l’accord des gouvernés. […] tout groupe qui entend représenter un concept ou un produit, un courant d’idées majoritaire ou minoritaire, ne réussit que s’il a l’aval de l’opinion. Celle-ci est implicitement associée aux efforts d’envergure. »

E. Bernays, op. cit., pp. 53-54/

Précédé d’une préface éclairante de Normand Baillargeon, cet essai reste d’une actualité cinglante à l’heure des cabinets de conseil et de l’avènement de « l’intelligence » artificielle…

Philippe Rubempré

Edward Bernays, Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie, préface de Normand Baillargeon, traduit de l’anglais (États-Unis) par Oristelle Bonis, Éditions Zones, 2007.

Ab hinc… 404

« Le rebelle est résolu à la résistance et forme le dessein d’engager la lutte fût-elle sans espoir. » – Ernst Jünger

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