Journal d'un caféïnomane insomniaque
vendredi avril 17th 2026

Insider

Archives

Introït

On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.

E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.

 

Axel, la vie érotique, une érotique de la vie

Il n’y a pas de petites économies et le hasard fait parfois bien les choses. Deux banalités, deux évidences, deux assertions largement éculées… et qui traduisent bien ma rencontre avec l’œuvre d’Axel, un jour d’achat chez La Musardine, alors qu’il manquait quelques euros à ma commande pour bénéficier de la livraison offerte. Le premier album d’Axel acquis, L’Éternité à deux, le fut donc ce jour-là, rapidement suivi des quatre autres déjà parus.

Le travail d’Axel est tout à fait singulier dans la production érotique dessinée actuelle. Scenarii, dessins soignés, palette de couleurs intense, décors cadrés… tout élève Axel au-dessus de la lumpen-production masturbatoire commune – même si je dois reconnaître que la bande-dessinée érotique aujourd’hui a gagné ses lettres de noblesse avec des maîtres tels que Varenne, Manara, Casotto… (liste bien entendu non-exhaustive) auxquels j’ajouterais volontiers Axel. Ce qui singularise ce dernier au premier chef, ce sont ces histoires ancrées dans la réalité et le réalisme, histoires de vies, humaines, imparfaites, crédibles, dans lesquelles le lecteur se plonge avec délice.

Quel que soit l’angle sollicité, Axel insuffle de la délicatesse et de la véracité à des récits n’hésitant pas à se montrer crus (après tout, nous baignons dans l’érotisme), mais sans la moindre once de vulgarité. Tout contribue à faciliter pour le lecteur l’identification aux personnages et l’immersion au cœur d’histoires qui ne sont pas les siennes pour mieux en appréhender les enjeux.

Axel nous offre ainsi de questionner l’exhibitionnisme (La Chambre de verre), la différence d’âge dans les deux sens (La Chambre de verre, La Tentation), la solitude affective (Le Prix de l’amour) ou la vie conjugale (Une femme fidèle, La Tentation). La fidélité, sous-jacente dans l’œuvre d’Axel, devient centrale dans L’Éternité à deux. Chaque album d’Axel marie ainsi harmonieusement véracité et beauté dans un paso doble érotique des plus classieux.

De la sorte, Axel se fait le dessinateur de la vie érotique, ou pour le dire autrement, d’une érotique de la vie aux antipodes des standards de la pornographie ou des attentes a priori du lecteur moyen de bande-dessinée érotique. Cela lui confère son originalité, rétive au fétichisme catégorisant habituel.

***

Cinq albums ont paru à ce jour. Dans La Chambre de verre, Flavia, blogueuse quarantenaire célibataire au fantasme exhibitionniste s’éprend d’un artisan sensiblement plus jeune qu’elle. La Tentation s’offre à Françoise et Gérard lors de vacances, au contact de Fred et Mathieu, jeune couple pour le moins libéré. Après un divorce douloureux, Valérie s’offre une pause dans une vie sacrifiée au travail, et s’octroie des vacances dans une île paradisiaque pour Le Prix de l’amour. Une Femme fidèle éprouve l’amour de Sylvie pour son mari handicapé. En fréquentant les clubs libertins et en filmant ses ébats pour les visionner avec Arnaud, elle tente de maintenir ce lien charnel qu’un AVC a rendu physiquement impossible… à quel prix ? Enfin, dans L’Éternité à deux, Marc, qui vit avec Chantal depuis deux ans, apprend le décès soudain de son père ; son retour au pays natal le confronte à sa jeunesse.

Avec sa plume érotique délicate et sensuelle, touchante de véracité, avec ses décors superbes, ses dialogues ciselés, Axel est un auteur à découvrir et à faire découvrir !

Philippe Rubempré

Les œuvres d’Axel sont publiées aux éditions Dynamite, collection Canicule. Elles sont strictement réservées aux adultes.

La Chambre de verre, 2016, 62 p.

La Tentation, 2019, 64 p.

Le Prix de l’amour, 2020, 63 p.

Une Femme fidèle, 2021, 64 p.

L’Éternité à deux, 2025, 63 p.

Lectures mars

  1. Langelot agent secret – Lieutenant X (Vladimir Volkoff)
  2. Langelot et les espions – Lieutenant X (Vladimir Volkoff)
  3. Le Guide du manifestant arrêté – Syndicat de la Magistrature
  4. Éloge du livre et autres textes – Stefan Zweig
  5. Sexe ! Le Trouble du Héros – Alexandre Mare
  6. L’Abbaye Cistercienne de la Coudre – 200 ans de veille aux portes de Laval – Jean-Luc Roger
  7. Tout s’effondre – Chinua Achebe
  8. Ru – Kim Thuy
  9. Le Goût des livres – Textes choisis et présentés par Olivier Bessard-Banquy
  10. Mémoires du ghetto de Varsovie – Marek Edelman
  11. La Grâce de Barbara – Manon Petiot
  12. Objectif 2027 Le candidat imprévu – Marsault, d’après une idée de Laurent Obertone
  13. La Pharmacienne – Esparbec, Igor & Boccère
  14. Le Directeur – Coq
  15. La Secrétaire – Coq
  16. La Directrice – Coq
  17. Cucul – Camille Emmanuelle
  18. Feuillets de cuivre – Fabien Clavel
  19. Agir et penser comme Arsène Lupin – Stéphane Garnier
  20. Les derniers jours du Parti socialiste – Aurélien Bellanger
  21. Du courage – Gérard Guerrier
  22. Olivier Rameau. Intégrale #1 – Dany & Greg

Ab hinc… 406

« L’Europe n’a -comparativement- pas un problème d’immigration, mais l’Europe a un problème avec ses groupes minoritaires. Certains groupes imposent leurs lois à la majorité. Si une minorité est intolérante, elle impose sa loi à la majorité, ce qui cause des disruptions. L’Europe n’a pas tellement un problème numérique mais un problème avec ces règles minoritaires. Selon cette règle, si quelqu’un ne mange pas de cacahuètes dans un avion, l’avion entier ne peut pas manger de cacahuètes.  Certaines minorités veulent imposer leurs lois alimentaires et éthiques à la majorité, c’est cela le problème de l’Europe à mon sens.

Le monde a besoin d’immigrés mais il n’a pas besoin de ces gens qui pensent que c’est leur droit. Tout doit se passer comme échange moral. « Vous me donnez, je vous donne ». C’est une obligation morale de se comporter d’une certaine façon avec mon pays d’accueil. Cela est comme l’adoption d’un enfant, cela n’est pas un jouet, vous avez des obligations morales, vous devez vous comporter d’une certaine façon avec lui. »

Nassim Nicholas Taleb, « L’Europe n’a pas un problème avec l’immigration, mais avec certains de ses immigrés », Atlantico, 4 juillet 2018.

Ab hinc… 405

« Les idées de moins de mille ans ne sont pas totalement fiables. » – Nicolas Gomez Davila

L’Islam contre la modernité – Ferghane Azihari

« La démocratie tend à ignorer, voire à nier, les menaces qui la visent, tant elle répugne à prendre les mesures nécessaires pour y répondre. »

Jean-François Revel, Comment les démocraties finissent, Grasset, 1983, cité in F. Azihari, op. cit. p. 236.

L’essayiste Ferghane Azihari, d’origine comorienne musulmane, est libéral et athée. Il se propose d’interroger l’histoire pour comprendre les relations plus que compliquées entre l’Islam et la modernité, entre l’Islam et les autres religions, entre l’Islam et l’Occident, enfin, entre l’Islam et les cultures non-islamiques.

Retraçant au fil de son essai l’histoire de l’Islam de ses origines et son expansion à aujourd’hui, il dresse un réquisitoire implacable et factuel, en puisant aux meilleures sources du monde islamique et d’Occident. Azihari constate la ruine des civilisations conquises par l’Islam, la plus grande violence du monde islamique, l’incapacité du monde islamique à entretenir une curiosité saine et de la considération pour ce qui lui est étranger, ou simplement différent, le statut des femmes, des minorités sexuelles ou religieuses dans ce même monde… et le constat est cruel. Précisons d’emblée aux excités et aux sectateurs de « l’islamophobie » entendue comme « racisme anti-musulman » que jamais, à aucun moment, l’auteur ne confond les musulmans, êtres libres et doués de raison donc parfaitement responsables de leurs actes, quels qu’ils soient, et l’Islam, civilisation holiste englobant à la fois la politique, la religion et les mœurs… Cette précision est essentielle : la partie ne se confond pas avec le tout, sinon chaque être humain sur cette terre est un salaud du simple fait qu’il existe des humains qui sont des salauds.

« Le fait que des traitements injustes infligés aux indigènes aient pu s’appuyer sur la dépréciation des traditions islamiques n’invalide pas la nécessité de critiquer les coutumes contestables, afin que celles-ci s’amendent ou disparaissent. Il n’est pas vrai que les historiens doivent respecter les croyances. Les hommes ont des droits. Pas les idées qu’ils professent.« 

Ferghane Azihir, op. cit., p. 323 (Je souligne).

Ferghane Azihari passe ainsi en revue le mythe de l’âge d’or islamique, les damnés de la terre, les conséquences de l’alliance idéologiques entre progressistes et « bons sauvages » chers à Jean-Jacques Rousseau et ses disciples, les archaïsmes et les despotismes, et la guerre contre le monde libre, dont le terrorisme de ces dernières décennies (depuis Khaled Kelkal jusqu’au massacre des opposants par le régime des mollahs iraniens, en passant par Charlie Hebdo, l’Hyper Casher de Vincennes ou le Ba-Ta-Clan, liste non-exhaustive hélas) en est la plus sinistre et la plus douloureuse manifestation.

« Ce n’est pas porter atteinte à la liberté que d’empêcher la formation, au sein de la société, d’institutions vouées à la détruire, fondées sur l’abolition de la liberté individuelle et destinées à saper le régime politique dont elles se prévalent pour œuvrer sans relâche à sa ruine. »

Émile Combes, cité in F. Azihari, op. cit., p. 326.

L’essayiste conclut son livre par un épilogue intitulé « Sortir de l’Islam », dans lequel il prône la République laïque et la foi dans la Science comme substitut, si je peux dire, à la religion du prophète. Citant le petit père Combes, âme de la Séparation des Églises et de l’État de 1905, Azihari prône la fermeté pour défendre la liberté, l’égalité et la fraternité républicaines ainsi que la démocratie face à un Islam conquérant et vindicatif qui sait jouer avec le système pour mieux le détourner et avancer ses pions. La République française pratique la politique de l’autruche, quand bien même elle est avertie par Ferhat Abbas, Hassan II ou Recep Tayip Erdogan, ce dernier ne cachant pas ses ambitions de conquérir l’Europe par la natalité.

C’est sans doute, de notre point de vue néophyte, dans la négation, ou du moins, la minimisation du fait et du besoin religieux que le bât blesse. Quatre-vingts années de communisme athée et totalitaire n’ont pas réussi à éradiquer la religion orthodoxe dans les pays d’ex-URSS. Elle est même revenue en Russie plus forte que jamais. Pourquoi ? L’espérance et la transcendance sont constitutives de l’âme humaine, qui inconsciemment sent que l’être humain n’est finalement qu’une bien petite chose fragile sur cette terre. C’est un agnostique qui écrit cela, un catholique mécréant. L’homme a besoin de comprendre. Le matérialisme et la science ne le permettent pas complètement.

C’est pourquoi, et pour en finir sur ce très stimulant essai de Ferghane Azihari, nous soulevons la question suivante, sans prétendre y apporter quelque réponse que ce soit : et si Bonaparte avait raison avec le Concordat ? Ou pour formuler cela différemment, et si une religion d’État affirmée laissant le libre culte des autres religions dans la limite du respect de la loi, de l’ordre public et de sa prééminence, était un facteur apaisant, un modus vivendi de paix et de fraternité ?

Philippe Rubempré

Ferghane Azihari, L’Islam contre la modernité, Presses de la Cité, collection La Cité, 2026, 400 p.

 Page 1 of 201  1  2  3  4  5 » ...  Last »