Introït
On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.
E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.
Les Rives contraires – Marguerite Stern

La photographie de couverture annonce la couleur : à senestre, un demi-visage de demoiselle à cheveux bleus qu’on croirait issue de La Vie d’Adèle ; à dextre, une moitié de visage de jeune femme sérieuse au regard profond et aux longs cheveux de jais. Voilà Les Rives contraires. Marguerite Stern à vingt ans ; Marguerite Stern aujourd’hui. Comme le précise le sous-titre, ce récit autobiographique confesse « l’histoire d’une transition politique ».
Qui est Marguerite Stern ? Une jeune femme brillante et pétrie d’une rage contenue qui s’engage corps et âme dans le mouvement Femen pour défendre ses convictions féministes, laïques et antitotalitaires, côtoyant l’équipe de Charlie Hebdo au mitan des années 2010, quand la rédaction fût décimée par des terroristes islamistes. Quoique n’étant pas dotée de tels attributs, Marguerite Stern pose ses couilles sur la table, et connaît au gré des agit-prop les coups et la taule (en Tunisie, c’est pas la Santé). À ce moment, elle a tout de l’héroïne progressiste, féministe, moderne, de gauche, que les médias de grands chemins adulent et se plaisent à porter au pinacle.
Tout bascule petit-à-petit, de glissement en déception, jusqu’à une prise de position publique défendant le fait qu’un homme qui a transitionné en femme reste un homme. La voilà stigmatisée TERF (Trans-Exclusionary Radical Feminist, i. e. appartenant à un mouvement féministe excluant les femmes transgenres). Sacrilège : elle commet avec sa consœur Dora Moutot un essai intitulé Transmania paru en 2024 aux éditions Magnus (vous savez, celles cofondées par Laurent Obertone, La France orange mécanique, la France rance quoi, l’esssetrême drouâte, les Zheures-les-plus-sombres…). L’ouvrage est immédiatement taxé de transphobie1 et tout aussi immédiatement interdit de publicité à la RATP sous la pression d’élus parisiens encartés à gauche (vous savez la démocratie, liberté, égalité, fraternité, le parti du bien, ceux qui savent ce qui est bon, l’humanisme, tout ça…).
Ici commence l’enfer : les grands démocrates progressistes attaquent en meute, comme les hyènes, à grands renforts d’insultes, d’agressions, de menaces. D’autant plus que Marguerite Stern aggrave son cas en osant voir ce qu’elle voit quant à la majorité des auteurs de violences faites aux femmes. Impardonnable pour une certaine gauche qui défend sa clientèle.
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Les Rives contraires, c’est le récit de ce parcours singulier qui illustre bien cette assertion de Jacques Lacan : « Le réel, c’est quand on se cogne ». Témoignage à la fois pudique et très touchant d’une jeune femme marquée par son engagement jusque dans sa chair. Le courage est un médecin qui facture parfois de lourds dépassements d’honoraires. Cela rend Marguerite Stern encore plus respectable, quoi que nous pensions par ailleurs de ses prises de position et de ses actions militantes.
Philippe Rubempré
Marguerite Stern, Les Rives contraires. Histoire d’une transition politique, Magnus, 2026, 270 p.
1Ce qu’il n’est objectivement pas, nous l’avons lu. C’est avant tout une étude, certes critique d’une idéologie – et non stigmatisant ou invitant à une quelconque forme de violence ou de haine contre les personnes transgenres – mais aussi et surtout fondée sur des faits établis et des données scientifiques vérifiées et sourcées. Force est de constater que très peu, pour ne pas dire aucune, critiques de fond argument contre argument n’a été produite contre Transmania ou ses autrices : la diabolisation, la menace, l’ostracisme s’en sont donné à cœur joie. Hélas.
Rendre l’eau à la terre – Baptiste Morizot & Suzanne Husky
« Ce qui amène à reconnaître une alterintelligence, ce n’est donc pas de la fascination pour les animaux, ni une théorie philosophique, c’est de l’estime pour une expertise alienne reconnue, dont on voit les effets en connaissance, au jour le jour. Comme lorsqu’un artisan spécialisé admire l’inventivité avec laquelle un autre du même métier a résolu un problème de fabrication difficile, et pourtant invisible pour nous, profanes. »
Baptiste Morizot, op. cit., p. 233.

Coup de cœur pour cet essai à quatre mains signé Baptiste Morizot et illustré superbement par Suzanne Husky. Sous-titré « Alliances dans les rivières face au chaos climatique », Rendre l’eau à la terre développe le pari a priori fou de construire et développer une alliance avec les castors, ces rongeurs mignons des contes pour enfants massacrés comme nuisibles par l’homme au point de devoir être protégés… Et non, Morizot n’est pas fou ! Il a même toute sa tête et son propos fondé sur de nombreuses expériences réelles, concrètes, est plus que convaincant.
Nos aménageurs de territoires seraient bien inspirés de lire cet ouvrage d’un écologiste intelligent (on avait presque fini par oublier que cela existe avec les frasques ridicules et lunaires de certain.e.s élu.e.s EELV – écriture inclusive à valeur sarcastique), conscient, réaliste, avec les pieds bien ancrés dans la terre. S’inspirer des castors et travailler avec eux pour gérer l’eau, prévenir sécheresse et catastrophes naturelles est possible, peu coûteux et parfaitement écologique. Il s’agit de rendre à certaines rivières leur cours naturel (les auteurs sont parfaitement conscients de la nécessité d’aménagements humains pour l’agriculture ou la protection contre les crues, par exemple) et de laisser les castors (ou de les imiter pour) en réguler le flux… Improbable ? Lisez Morizot, vous serez convaincu de la faisabilité de la chose !
Cet essai accessible et bien écrit, qui prend toute sa saveur avec les magnifiques aquarelles de Suzanne Husky, nous réconcilie avec l’écologie, qui, nous l’oublions trop souvent, n’a à peu près rien à voir avec l’écologisme des politocards d’EELV. Soyez optimistes, laissez-vous séduire par le peuple castor, vous ne regretterez pas le voyage.
Philippe Rubempré
Baptiste Morizot, Suzanne Husky, Rendre l’eau à la terre. Alliances dans les rivières face au chaos climatique, Actes Sud, octobre 2024, 352 p.
Ab hinc… 403

« Les hommes n’existent que par ce qui les distingue : clan, lignée, histoire, culture, tradition. Il n’y a pas de réponse universelle aux questions de l’existence et du comportement. Chaque civilisation a sa vérité et ses dieux, tous respectables pour autant qu’ils ne nous menacent pas. Chaque civilisation apporte ses réponses, sans lesquelles les individus, hommes ou femmes, privés d’identité et de modèles, sont précipités dans un trouble sans fond. Comme les plantes, les hommes ne peuvent se passer de racines. Il appartient à chacun de retrouver les siennes. » – Dominique Venner
Lectures décembre
- La Vicieuse – Bruce Morgan
- Spirou & Fantasio #7 Le Dictateur et le champignon – Franquin
- Spirou & Fantasio #9 Le Repaire de la Murène – Franquin
- Spirou & Fantasio #15 Z comme Zorglub – Franquin
- Hessa #10 Duel de tanks – Nevio Zeccara
- Spirou & Fantasio #16 L’Ombre du Z – Franquin
- Hessa #11 Mission au Loch Ness – Nevio Zeccara
- Le Sang noir – Louis Guilloux
- Apologie de l’Antiquité – Collectif, à l’initiative de Pierre Gillieth
- Le Jardin des désirs – Will & Desberg
- L’Anti-humaniste – Claude Marion
- Survivre à la peur Tome 2 – Piero San Giorgio
- Le Meilleur des Mondes – Aldous Huxley
- La 27e Lettre – Will & Desberg
- L’Appel de l’Enfer – Will & Desberg
- Nouvelles misogynes – Claude Marion
- Contes grivois – Guy de Maupassant
- Ballades des Frontières écossaises – Walter Scott
- La Fête des paires – San-Antonio
- Les Écrivains collaborateurs. Engagement, stigmate et postérité – Tristan Rouquet
- Les Robinsons de la Grève – Jules Gros
- La Mer cruelle – Nicholas Monsarrat
- Giovannissima #2 – Giovanna Casotto
Ab hinc… 402 – Vœux 2026

« Laisse-toi aller à la félicité de l’instant […]. Tu es un vaillant, un pur. […] La vie, tu la sais, et par conséquent la dédaigne dans ses superflances. N’en conserve que l’essence. La flamme vive bien dansante. […] Mange ton pain, dors, aime, baise et travaille. Et regarde le ciel au fond des nues ! La liberté est dans ta tête. » – San-Antonio, À prendre ou à lécher, 1980.
Chères lectrices, chers lecteurs,
Soyez libres en 2026, et pas seulement dans vos têtes. Je vous souhaite une très bonne année d’aventures et de découvertes enrichissantes, pleine de joie et de santé.
Fidèlement,
Philippe Rubempré







