Introït
On n’écrit pas parce qu’on a quelque chose à dire mais parce qu’on a envie de dire quelque chose.
E.M. Cioran, Ébauches de vertige, 1979.
Le Bon Dieu sans confession – Paul Vialar

Mais qui est réellement François Dupont ? A priori, un honnête commerçant, un époux aimant, un père attentionné. A priori seulement. Dupont décède dans une garçonnière où il n’aurait jamais dû – théoriquement – être. Lors de ses obsèques, le défilé de la famille et des relations offre à Paul Vialar l’occasion d’un jubilatoire portrait croisé de ce François Dupont à qui l’on confierait Le Bon Dieu sans confession.
Écrivain prolifique des années 1930 à l’année 1980, Paul Vialar est un peintre vivace des mœurs de son temps. Un artisan de l’écriture, une plume soignée et efficace qui s’efforce d’épouser ce qu’elle retranscrit. S’il n’a évidemment pas le génie d’un Balzac ou d’un Zola, Vialar est loin d’être dénué de talent, et la lecture de ses romans – je vous renvoie particulièrement à sa somme romanesque La Chasse aux hommes – porte néanmoins une ambition vivante. C’est ce qui caractérise son œuvre : des histoires singulières, bien troussées, une écriture expressive et « immersive », pour ainsi dire.
Le Bon Dieu sans confession ne déroge pas à ce constat. Sous une apparence faussement facile, le roman est construit très habilement, tout en analepses, kaléidoscope de de la vie de François Dupont perçue par chacun des protagonistes de ce drame bourgeois, avec un extraordinaire potentiel cinématographique. Nous n’avons pas visionné l’adaptation de Claude Autant-Lara ; on se prend toutefois à regretter qu’un Chabrol – le grand, celui de Que la bête meure ou du Boucher – ne se soit pas emparé de cette fine autopsie du modus vivendi petit bourgeois…
Un auteur oublié, un peu, mais à (re)découvrir avec plaisir !
Philippe Rubempré
Paul Vialar, Le Bon Dieu sans confession, [Flammarion, 1953] Éditions J’ai lu, 1971, 375 p.
Lectures juillet
- Légion – Victor di Donatelis
- Pin-up – Aslan
- Le Temps des salauds. Comment le fascisme devient réel – Hugues Jallon
- La Blonde #1 Coup double – Franco Saudelli
- La Blonde #2 Bondage Palace – Franco Saudelli
- La Blue Girl #1 – Lunsford & Calderon
- Hannibal est à nos portes (extrait de L’Histoire de Rome) – Tite-Live
- Motörhead in and out entre autres histoires exubérantes – Lucas Fox
- La Blue Girl #2 – Lunsford & Calderon
- Notre Avant-Guerre – Robert Brasillach
- Histoire de France tome I – Sous la direction de Gustave Gautherot
- Les Aventures de Jo, Zette et Jocko Le Rayon du mystère #1 Le Manitoba ne répond plus – Hergé
- Les Aventures de Jo, Zette et Jocko Le Rayon du mystère #2 L’Éruption du Karamako – Hergé
- Julie, Claire, Cécile #3 Moi, et moi, émois – Sidney & Bom
- Hitler, a study in tyranny – Alan Bullock
- Julie, Claire, Cécile #6 C’est quand les vacances ? – Sidney & Bom
- Julie, Claire, Cécile #7 La Disparue ! – Sidney & Bom
- Memory – Manara
- Jehanne La Sève et le Sang – Paul Gillon
- Araldus – David Pascaud
- Histoire de France tome II – Sous la direction de Gustave Gautherot
- Jeremiah #1 Die Nacht der Adler – Hermann
- Jeremiah #5 Un Cobaye pour l’éternité – Hermann
- Le Fantôme de l’Opéra – Gaston Leroux
- Jeremiah #12 Julius et Roméa – Hermann
Historiettes – Johann Peter Hebel

Ayant vécu à l’articulation des XVIIIe et XIXe siècles, Johann Peter Hebel fut enseignant au lycée de Karlsruhe, où il étudia, et écrivit pour les almanachs de colportage. Ce sont ces Historiettes qui sont collectionnées ici dans une (belle) traduction de Frédéric Metz, également auteur de l’appareil critique et de la notice biographique proposés.
Au fil de textes courts, d’un paragraphe à quelques pages au plus, Hebel éclaire le quotidien de la première quinzaine du dix-neuvième, entre Allemagne, Hollande, Suisse et Italie. Ces Historiettes, qu’elles aient vocation à instruire, informer ou divertir, sont toujours édifiantes et agréables à découvrir ; le lecteur tirera profit de sa lecture comme de celle des Fables de Jean de La Fontaine ou des Contes de Ma Mère l’Oye de Charles Perrault, toutes choses égales par ailleurs. Miroir des préjugés et des stéréotypes de son temps, Hebel offre un contrepoint à ce que nous, Européens de l’Ouest, sommes devenus.
À travers des personnages attachants tel Frédo l’Allumette, voleur qui exerce « par amour de l’art et dans le but d’affûter toujours davantage son esprit », et quelques maximes empreintes de sagesse populaire – celle-ci, par exemple, à méditer dans la France de 2026 : « Jamais on ne doit dans l’espoir de quelque profit, de son propre gré, se laisser maltraiter » –, Hebel distille ses perles de lecture et de discernement, à déguster sans modération.
Philippe Rubempré
Johann Peter Hebel, Historiettes, trad. (Allemand) Frédéric Metz, Éditions Pontcerq, janvier 2026, 332 p.
Lectures juin
- Oh ! Kitty – Philippe Bertrand
- Squeak the mouse – Massimo Mattioli
- Rose profonde – Jean-Pierre Dionnet & Michel Pirus
- La Survivante – Paul – Gillon
- Le Temps du Centaure. La sombre philosophie des maîtres du futur – Julien Rochedy
- Les 110 pilules – Magnus
- Hector Servadac – Jules Verne
- Le Déclic #1 – Milo Manara
- Pinocchia – Jean-Pierre Gibrat & Francis Leroi
- La Revanche des bibliothécaires – Tom Gauld
- Physics for cats – Tom Gauld
- Apocalypse Nerds. Comment les techno-fascistes ont pris le pouvoir – Nastasia Hadjadji & Olivier Tesquet
- Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire – Arnaud Miranda
Ab hinc… 407

« Le démocrate est modeste. Il avoue une certaine part d’ignorance, il reconnait le caractère en partie aventureux de son effort et que tout ne lui est pas donné. Et à partir de cet aveu, il reconnaît qu’il a besoin de consulter les autres, de compléter ce qu’il sait par ce qu’ils savent. »
« Réflexions sur une démocratie sans catéchisme », in Œuvres complètes, t. II, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléïade, 2006, p. 717.
Cité in Arnaud Miranda, Les Lumières sombres. Comprendre la pensée néoréactionnaire, Paris, NRF, Gallimard – Le Grand Continent, Bibliothèque de Géopolitique, 2026, pp. 155-156.








